Au terme d’un finish haletant et de 2 jours 1 heure 32 minutes et 16 secondes de mer, le tandem Pierre Leboucher-Erwan Tabarly (Guyot Environnement) a coupé en tête la ligne d’arrivée de la Grande Course n°1, deuxième étape de la Sardinha Cup (408 milles, coefficient 3), jeudi à 17h52’16 à Saint-Gilles Croix-de-Vie. Il a devancé de 3’09 Skipper Macif 2017 (Martin Le Pape-Thierry Chabagny), tandis que Bretagne CMB Performance (Loïs Berrehar-Thomas Rouxel) a complété le podium, à 4’46. Guyot Environnement s’empare du même coup des commandes du classement général provisoire après deux étapes devant StMichel (Yann Eliès-Sam Davies) et Breizh Cola Equi’Thé (Gildas Mahé-Morgan Lagravière).

Après l’apéritif dans le petit temps du Vendée Warm-up, la deuxième étape de la Sardinha Cup aura servi un plat de résistance bien copieux aux 33 tandems partis mardi de Saint-Gilles Croix de Vie à 16h20, avec un cocktail de vent fort, de mer formée et de températures très basses qui a usé bateaux et marins, nombreux étant ceux qui ont confié à l’arrivée être soulagés d’en finir. Les yeux rougis, les mains gonflées et la peau rongée par le sel chez les uns et les autres attestaient à l’arrivée de la dureté de cette Grande Course n°1 qui aura en outre réservé son lot de rebondissements.

La première partie de l’étape a en effet été dominée par le tandem composé de Leyton (Arthur Le Vaillant-Pascal Bidégorry) et Le Hub by OC Sport (Charles Caudrelier-Fabien Delahaye) – le premier passant en tête mercredi matin à BXA, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, le second jeudi à 8h30 à la Jument des Glénan. Le dernier bord de 100 milles entre le Finistère Sud et la Vendée a ensuite totalement rebattu les cartes au profit de bateaux pourtant passés au-delà de la 10e place aux Glénan et qui ont finalement trusté à l’arrivée les trois places du podium, dans l’ordre Guyot Environnement (Pierre Leboucher-Erwan Tabarly), Skipper Macif 2017 (Martin Le Pape-Thierry Chabagny) et Bretagne CMB Performance (Loïs Berrehar-Thomas Rouxel).

« Nous avons vraiment navigué simplement en suivant la trajectoire que nous avions en tête depuis un moment, c’est-à-dire être plutôt au-dessus de la route et au large sur la section entre les Glénan et l’arrivée. Bien nous en a pris, puisque tous ceux qui ont fait la route la plus directe ont été moins vite », commentait à l’arrivée « l’ancien » Thierry Chabagny, appelé au pied levé par Martin Le Pape pour remplacer Charlie Dalin sur cette deuxième étape et qui a montré qu’il était toujours aussi performant dans la brise. Du côté des battus, Gildas Mahé, finalement sixième de l’étape sur Breizh Cola Equi’Thé, après avoir eu la victoire en ligne de mire en début d’après-midi, ne pouvait que constater les dégâts : « On n’a pas pris assez de marge dans la descente de la Jument et les autres sont passés au large. On avait pas mal d’avance, peut-être qu’on a moins fait attention à eux. Et surtout, nous sommes tombés dans une grosse molle derrière un nuage, il n’y avait plus d’air, on a perdu gros sur ce coup. »

Les partisans de la route au large en ont profité, et si Skipper Macif 2017 a abordé en tête le passage sous l’île d’Yeu à 20 milles de l’arrivée, il a finalement dû céder la victoire en vitesse pure à Guyot Environnement, offrant à Pierre Leboucher, 38 ans, ancien spécialiste de 470, sa première victoire en Figaro, lui qui dispute sa troisième saison sur le circuit. « On s’est bien amusés sur cette étape, on s’est bien battus sur la descente, notre option était bonne, nous avions aussi une très bonne vitesse, nous avons fait une belle remontada ! », s’est réjoui l’heureux vainqueur, rendant au passage hommage à son co-skipper Erwan Tabarly qui a su faire parler son expérience du Figaro pour le convaincre de ne pas changer de stratégie lors de la descente vers l’île d’Yeu : « Il y a des moments où j’avais envie de glisser dans les grains, mais Erwan a été assez radical en me disant qu’il fallait rester haut, ça a payé, il a aussi fait du super boulot à la barre. »

Un Erwan Tabarly qui a de son côté expliqué : « Ce matin en passant aux Glénan, on ne pensait pas trop à la victoire, notre objectif était juste de passer les bateaux devant nous un par un, mais au fil du dernier tronçon, on y a cru, et encore plus avant l’île d’Yeu où on était encore sous gennak alors que les bateaux de dessous étaient passés sous foc, une voile plus petite. Nous avons réussi à passer, nous sommes vraiment super contents. » Cette victoire d’étape permet en tout cas au tandem de s’emparer provisoirement des commandes du classement général (avant jury) devant StMichel (Yann Eliès-Sam Davies), 4e sur cette Grande Course n°1, et Breizh Cola Equi’Thé (Gildas Mahé-Morgan Lagravière). Rien n’est cependant joué avant la longue troisième étape (départ mardi), la Grande Course n°2, qui attend les 34 tandems engagés sur cette Sardinha Cup, et qui devrait sans doute également réserver son lot de surprises…

Paroles de marins :

Pierre Leboucher (skipper de Guyot Environnement, 1er de la 2e étape) : « C’est ma première victoire en Figaro,  c’est vraiment sympa, on s’est bien amusés sur cette course, on s’est bien battus sur la descente, notre option était bonne, nous avions aussi une très bonne vitesse, nous avons fait une belle remontada ! Nous savions que le vent allait refuser au fur et à mesure, donc qu’il fallait rester haut, ce n’était pas facile, parce qu’il y a des moments où nous avions envie de glisser dans les grains, mais Erwan a été assez radical en me disant qu’il fallait rester haut, ça a payé, et sur la fin, nous nous sommes bien battus pour passer devant Skipper Macif 2017, Erwan a fait du super boulot à la barre. La première place au général ? Les points, on comptera à la fin, on s’est fait bien plaisir sur cette étape, c’est une bonne surprise de gagner, on va continuer à travailler ».

Martin Le Pape (skipper de Skipper Macif 2017, 2e) : « Nous avions mal commencé sur le Warm-up, mais sur cette étape, grâce notamment à un ou deux petits coups, nous sommes parvenus à revenir sur le paquet de tête. Nous étions même premiers à l’île d’Yeu, mais Guyot était plus rapide. On est quand même bien contents de cette deuxième place, ça remet en confiance pour la suite, et surtout, c’est mon meilleur résultat sur le circuit Figaro, je suis content de partager avec Thierry qui revient aux affaires, il n’est pas si vieux et mauvais que ça (Rires). Maintenant, il va falloir refaire pareil sur la troisième étape, c’était vraiment un super moment avec Thierry, mais j’ai aussi hâte que Charlie reprenne du service. »

Loïs Berrehar (skipper de Bretagne CMB Performance, 3e) : « C’était engagé, bourrin,  nous avons eu du vent quasiment tout le temps, avec beaucoup de grains et d’instabilité, donc de manœuvres et de changements de voiles, ça n’a pas été de tout repos. On a  bien commencé puisqu’on contourne la première bouée à la deuxième place, ensuite on fait un mauvais choix de voile, on laisse passer une bonne dizaine de bateaux, mais on arrive à se refaire à la fin dans la brise sous code zéro en gardant une bonne trajectoire, mais ce n’était pas gagné. Il a fallu être sur le qui-vive tout le temps. »

Yann Eliès (skipper de StMichel, 4e) : « Une étape que j’ai disputée avec une super équipière de choc, on a fait la paire, on s’est super bien entendus, on a réussi à bien se reposer jusqu’à la Jument des Glénan, et ensuite, on a « avoiné », même si on n’a pas fait la route parfaite, certains ont été meilleurs que nous, mais on est contents de faire quatrièmes en partant d’aussi loin. Sur ce dernier bord, il fallait attaquer sous gennaker et essayer d’être tout le temps au-dessus de la route, exploiter au mieux les vagues, être à fond en conduite et de temps en temps écoper à l’intérieur, c’était vraiment dur, on est sérieusement amochés. »

Achille Nebout (co-skipper de Groupe SNEF, 5e) : « Pour un baptême du feu, j’ai été bien servi, nous avons eu toutes les conditions, du vent, de la pluie, des grains, de la pétole, du froid, nous sommes contents du résultat, nous avons été dans le coup du début à la fin,  on fait une super étape, mais on est bien crevés. Il a fallu faire beaucoup de changements de voiles à la fin. Il y a eu de super bagarres sur l’eau, c’était vraiment du plaisir. »

Photo : Baptiste Blanchard/Sardinha Cup